Savoir dire NON au patient est difficile et essentiel
En tant que tutrice, j'ai le plaisir d'accompagner des étudiants en 3ème cycle de médecine, je partage un extrait de l'excellent travail de Fabien :
"""Répondre par la négative à une demande d’un patient implique de nombreux éléments. Outre la possible frustration vécu par le patient, il demande patience et dialogue, bien plus que le « oui ». Il demande du temps médical.
Pourtant, dire non au patient lorsque cela est justifiée, est essentiel. Dans la revue « le quotidien du médecin », un article de François Regis-Dumas et Eric Galam reprend certains points cruciaux du positionnement du médecin dans la relation avec le patient. Ils évoquent en premier lieu : « qu’être médecin n’est pas synonyme de gentillesse… notre métier consiste à soigner, ce qui n’implique pas de répondre à toutes les demandes quelles qu’elles soient ». Cela fait référence à notre expertise médicale pour laquelle les patients viennent consulter qui n’est pas toujours en adéquation avec ce que le patient attend au décours de la consultation. Répondre à ces attentes peut même dans certains cas s’avérer préjudiciable (iatrogénie médicamenteuse), Ils reprennent également que « Savoir dire « non » est indispensable pour nous protéger, poser nos propres limites aux autres et éviter de nous laisser envahir par des demandes abusives : c’est notre droit. Savoir dire " non », c’est aussi redonner de la valeur à nos « oui ». C’est une habileté́ sociale, un savoir être, dans le respect de soi, de sa pratique et de ses patients. » (...)
l’assertivité. Il s’agit d’un comportement social qui consiste à exprimer ses idées, ses émotions et ses besoins de manière honnête, directe sans empiéter sur les droits d’autrui. C’est un concept qui est notamment utilisé en thérapie comme les thérapies cognitivo- comportementales ou en prévention du burn-out.
Transposer au monde professionnel, elle définit dans un article de la revue exercer : « Savoir manifester son expertise professionnelle de manière respectueuse : c’est communiquer les savoirs associés à son rôle professionnel avec respect, sans blesser, humilier ou déconsidérer le patient tout en respectant le droit du patient de décider pour lui-même ».2
Il s’agit pour le professionnel de santé d’exprimer ses compétences pour lequel le patient est venu consulter tout en restant ouvert au dialogue avec celui-ci. C’est un concept de médecine holistique qui s’intègre parfaitement dans un autre concept qui est l’évidence based-médecine.
Elle fonctionne comme un trépied dans la prise de décision médicale qui aboutit à une décision partagée : 3
1 : l’expertise clinique individuelle du praticien
2 : le meilleur niveau de preuve disponible
3 : les valeurs, préférences, expériences individuelles du patient
Être assertif, est un travail de tous les jours, un idéal médical vers lequel j’aimerai tendre pour chaque patient. C’est une idée qui se travaille avec le patient et avec nous même, nos propres croyances, notre affect et nos connaissances médicales acquises à un moment donné qui peuvent aussi s’avérer obsolètes au fil des ans.
La demi-vie estimé des connaissances médicales est d’environ 5,5 ans 4 et tout s’accélère avec l’avènement de l’intelligence artificielle. Cela demande des efforts de formation continue pour apporter un savoir médical au fait des dernières recommandations.
Mais avoir des connaissances médicales ne suffit pas. Si on échoue à convaincre un patient de prendre ou ne pas prendre un médicament, si l’on se confronte à l’autre, si l’on ne tient pas compte de ces attentes ou à l’inverse, si l’on répond à toutes ses demandes alors je pense que l’on n’est pas optimal dans sa prise en charge.
Nous sommes en quelque sorte des équilibristes au moment des consultations. Savoir dire « non » lorsque cela est justifié est essentiel, en tant qu’interne en plein apprentissage cela s’avère d’autant plus un challenge.""""
Etre médecin, devenir médecin est un art qui s'apprend par le partage d'expérience, par le temps disponible. Alors lorsque j'entends les propositions de certains élus de raccourcir les études : encore une fois, ils ne connaissent pas notre métier, ni les enjeux de santé publique... HELAS
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