ANOREXIE chez son enfant
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Excelle article par Clara GEORGES pour vous donner envie de vous inscrire à la lettre !
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Comment faire face à l’anorexie de son enfant ? |
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Vous pouvez vous inscrire gratuitement à cette newsletter en suivant ce lien. En août 2025, Danaé, 14 ans, est en vacances avec ses parents et son frère de 18 ans à Malte. Le dernier jour, la famille entre dans une échoppe pour acheter de quoi déjeuner. « Danaé nous dit : “Je ne veux pas manger” », raconte sa mère, Christine, en visio chez elle, en Isère. Ses parents s’énervent. Depuis le début du séjour, leur fille évite les repas. L’adolescente se décompose et se met à pleurer. Christine l’entraîne hors de la boutique en catastrophe et lui lance : « J’ai l’impression que tu entres dans une spirale. » Danaé répond : « J’y suis déjà. » Les parents tombent des nues. Comment n’ont-ils rien vu ? Ils refont le film. Au printemps, ils n’ont pas prêté attention aux repas. « Il faisait beau, on faisait des apéros dehors. Elle disait : “J’ai trop goûté”, pour éviter de se servir. » Danaé est partie en voyage scolaire en Angleterre avec une copine de classe qui souffre d’anorexie. Est-ce à ce moment-là, par un effet miroir ? Est-ce à cause des réseaux sociaux, elle qui avait un accès limité à TikTok et Instagram depuis la 4e ? Le couple est assailli par des dizaines de questions sans réponse. Le frère de Danaé, abasourdi, répète : « Comment je n’ai pas vu ça ? » Cette sidération de la découverte, et l’impression d’avoir été aveugles, les quatre parents d’enfants souffrant d’anorexie mentale auxquels j’ai parlé pour cette newsletter l’ont décrite. Pour Elisa, c’est au sortir du confinement de 2020 que la maladie s’est installée. « Nous étions assez joyeux dans cette période », se souvient sa mère. Nadège et Jean-Michel, les parents, Axel, 14 ans, et Elisa, 12 ans, habitent dans une maison à la campagne, près de Perpignan. Les autorités préconisent de faire de l’exercice physique à la maison. La jeune fille fait beaucoup d’exercices de flexion des jambes, mais personne ne s’en inquiète : elle fait de l’athlétisme, de la danse, c’est une élève studieuse et épanouie. Lors du retour à l’école, une maman interpelle Nadège : « Elle a perdu du poids, Elisa, non ? » Puis le conseiller principal d’éducation du collège téléphone. Inquiet, il avait demandé aux cantiniers de surveiller la jeune fille. A raison : elle ne touche plus à ses plateaux. « Sous nos yeux, elle a perdu plus de 10 kilos, et on n’a rien vu. C’est incroyable », souligne Nadège. Les parents de Danaé et d’Elisa ont le même réflexe : ils appellent immédiatement leur médecin généraliste. « C’est la première chose à faire dès qu’on a une inquiétude, confirme Nathalie Godart, professeure de pédopsychiatrie à l’université Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines, cheffe du pôle de santé des adolescents de la Fondation santé des étudiants de France et présidente d’honneur de la Fédération française anorexie boulimie (FFAB). Repérer précocement un trouble de la conduite alimentaire (TCA), c’est important, car plus on intervient tôt, plus ce qu’on propose à l’enfant est efficace. » La pédopsychiatre énumère des signaux d’alerte – qui varient d’une personne à l’autre et selon les âges. Chez les petits (6-12 ans), il faut être attentif à une rupture de comportement. « Une courbe de croissance qui se casse, un enfant qui arrête de grandir peuvent alerter, surtout si l’on observe aussi une tristesse et un repli. » Chez les ados, repérer la perte de poids, bien sûr, mais aussi des modifications du comportement alimentaire accompagnées d’autres changements psychiques et sociaux. Une fois que l’on a des doutes, on peut amorcer une conversation. « Mais ne jamais en parler à son enfant pendant un repas, met en garde Nathalie Godart. On attend un moment tranquille, on lance une discussion générique : “Comment tu te sens en ce moment ? A l’école, avec les copains ?”, puis on prend rendez-vous chez le médecin. » Christine emmène Danaé chez le généraliste dès le retour de Malte. « Il prononce le mot anorexie. Puis il lui conseille de manger… », raconte-t-elle, dépitée. Les parents sortent démunis du rendez-vous. « Il demeure une méconnaissance de ces troubles en France chez les professionnels, confirme Nathalie Godart. Pourtant, la hausse des TCA observée post-Covid se maintient. » De 1 % à 2 % des jeunes filles sont soignées pour anorexie mentale en France (les garçons sont aussi touchés, dans une plus faible proportion), mais l’on estime que les formes un peu moins sévères de la maladie sont deux à trois fois plus fréquentes. Bien qu’il existe des outils de repérage des TCA, comme ces fiches synthétiques faites par la Haute Autorité de santé, il est parfois difficile de les faire parvenir jusqu’aux professionnels de santé concernés. Et le diagnostic ne coule pas de source. « Pour les non-spécialistes, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin, explique Nathalie Godart. Un généraliste verra un ou deux patients anorexiques dans sa carrière, donc il n’est pas surprenant qu’il n’y pense pas spontanément. » Conséquence, les parents sont souvent amenés à se documenter eux-mêmes. Les associations sont un recours précieux. La FFAB propose un annuaire des centres de soins spécialisés, ainsi que des livres ressources. Elle a aussi une ligne téléphonique, le 09 69 325 900, sur certains créneaux horaires. Dans les Pyrénées-Orientales, Nadège, elle, a très vite appelé l’ABAS, une association locale qui a orienté la famille vers un psychiatre, et les a mis en lien avec des groupes de parole. A Nantes, François et Edith (prénoms d’emprunt), dont la fille a passé cinq ans à lutter contre l’anorexie il y a une quinzaine d’années, évoquent le rôle crucial joué par ces groupes de parole. « L’association AAB Ouest nous a énormément soutenus. On se partageait des astuces, des lectures, des conseils », se remémore François. En Isère, Christine remue ciel et terre pour que sa fille soit prise en charge. Après le généraliste, ils vont voir une psychologue, une diététicienne, tout en observant, impuissants, leur fille s’amaigrir. Devant la dégradation de son état, le généraliste finit par faire une demande de prise en charge hospitalière. Mais aux urgences pédiatriques, « on s’est cassé le nez », raconte Christine. « Ils nous ont dit : “Les analyses sont bonnes, rentrez chez vous.” » Avec l’aide d’une voisine pédopsychiatre, ils ont finalement réussi à faire admettre leur fille à l’hôpital, où elle est restée deux mois en pédiatrie. Comment auraient fait des parents avec moins de ressources et de contacts ?, s’interroge Christine. « Les urgences, c’est le scénario qu’il faudrait pouvoir éviter, grâce à un repérage médical en amont, commente Nathalie Godart. Même si la connaissance des TCA s’améliore, il y a encore des parents qui subissent une errance diagnostique », constate-t-elle. Danaé a intégré une clinique spécialisée mi-décembre 2025. « Petit à petit, j’accepte des choses que je n’aurais jamais pensé acceptables, relate Christine. Quand on nous a parlé d’hôpital, la première fois, on s’est dit : “Oh non ! Pas ça !”, et finalement, peut-être que c’est mieux. Notre fille a une sonde gastrique pour la nourrir. Pour moi, c’était l’horreur absolue. Eh bien, on s’y fait. On a abandonné toute projection. On fonctionne à tâtons. » Christine traverse des phases de désespoir et de colère. En thérapie familiale, elle a un jour réussi à exprimer cette colère à sa fille sans craquer. Mais parfois, intérieurement, elle bout : « Dans son service, il y a des jeunes gens qui ont des leucémies. Des fois, j’ai envie de lui crier : “Lève le nez et regarde autour de toi ! Regarde Gaza, regarde l’Ukraine !” » Les quatre parents racontent cette vie de famille envahie par la maladie, qui impose son tempo abscons aux parents, aux frères, aux sœurs. Les balances pour peser la nourriture, les demi-cuillères de riz, les rechutes, les espoirs. L’enfant qui n’a plus assez de force pour ouvrir la portière d’une voiture ; l’enfant qui a froid tout le temps ; l’enfant dont le corps se couvre de longs poils, symptôme de la dénutrition. Le couple parental qui vacille, qui doit faire front coûte que coûte, face à un entourage souvent maladroit ou brusque. Au bout de quelques mois, en plein cœur de l’été, Elisa, 12 ans, 28,5 kg, s’est remise à manger. Le 15 août 2020, en visite dans une église, elle avait allumé un cierge. Le 16, elle a réclamé un plat de pâtes à sa mère. « Ce n’était pas fini pour autant, nuance Nadège. Le trouble a mis plusieurs années à complètement disparaître. Elisa a fait une dépression sévère. Elle a été suivie pendant deux ans par un psy. » Six ans plus tard, ses parents restent à l’affût. « On a toujours une petite sonnette », affirme sa mère. Pour contrer l’impuissance et rendre un peu de ce qu’on lui avait donné, Nadège a pris la présidence de l’association ABAS. François et Edith, eux, n’ont plus peur. « Notre fille a 33 ans. On parvient à en plaisanter ensemble. Elle a fait un long travail sur elle, assure François. Elle est bien plus forte aujourd’hui qu’elle ne l’était avant la maladie. » Depuis sa maison iséroise, Christine, elle, accepte l’attente et l’incertitude. « On y pense tout le temps, mais notre vie continue », résume-t-elle. Quand elle passe devant la porte fermée de la chambre de sa fille, parfois, elle l’ouvre, pour laisser entrer les chats. Et se dit : « C’est une part manquante. »
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Association Anorexie Boulimie Ouest | Familles, ne restez pas seules !
Les enfants, adolescents, adultes et personnes âgées. TCA - hyperphagie boulimique - sont des troubles psychiques graves, relativement fréquents qui affectent anorexie mentale, boulimie nerveuse et
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